Note d’intention


Fortuites ou provoquées,
les rencontres ne sont
jamais anodines.

Dès la première lecture,  je pressentais la résonance que Premier chagrin, le roman d’Eva Kavian, pouvait avoir sur un public adolescent. Peut-être étais-je particulièrement sensible à cette époque, mais cette histoire me rappelait que la vie est faite de passages : ici l’adolescence pour Sophie et la fin de vie pour Mouche.

Ma première rencontre fut la rencontre avec le roman.
J’imaginais la possibilité d’une adaptation pour le théâtre. Je souhaitais revenir vers mes premiers amours : le théâtre avec acteurs. Pour autant, comme pour mes précédentes créations, en particulier La balle rouge, il restait très important pour moi d’aborder des sujets “difficiles”, mais avec beaucoup de pudeur. D’en parler simplement.
Le texte pourrait être interprété par une unique comédienne. Seule en scène, elle viendrait nous raconter son histoire. Elle serait proche des ados, dans son langage, par ses manières, ses réactions, ses silences, ses contradictions…
Il fallait donc recentrer le texte autour du personnage principal : Sophie.
En fait, Cherche jeune fille pour baby-sitting est l’histoire d’une adolescente qui grandit sous nos yeux.
Pour nous, elle s’appellera désormais Camille et nous livrera en direct ses émois, ses non-dits, ses colères, ses indignations.
Le langage dramatique évoluera au fur et à mesure que le personnage grandit. Tels seront les grands axes de l’adaptation du roman à la scène.
Ma deuxième rencontre : l’univers photographique de Géraldine.
Dans le roman, Sophie veut faire du babysitting pour financer un stage photo. Au cours d’une scène très importante, Sophie révèle à Mouche qu’elle fait des photos et qu’elle adore ça, ce qui ne manque pas d’intéresser Mouche. Le texte entretient un rapport étroit avec la photographie.
En voyant le travail de Géraldine, naquit l’idée d’aller plus loin et d’envisager une réelle recherche photographique autour du personnage de Camille.
Nous avons fait des essais avec la comédienne. La photographie pouvait nous révéler tous les non-dits, tout ce que Camille pense sans nous en dire le contenu. Dans le jeu de l’actrice, même les silences, les  maladresses, les fausses attitudes ne nous permettaient plus de lire réellement le bouleversement de Camille. La photo nous donnait tout à coup accès à une autre dimension du théâtre : la différence entre ce que je vois et ce que j’entends se trouve enrichie par ce que je comprends. Nous pouvions nous servir de la photo comme d’une présence qui fait écho à l’histoire de Camille, capable de « donner la réplique » à la comédienne.
Pour ce qui concerne la scénographie, la relation entre la comédienne et la photographe-comédienne sera déjà suffisamment présente pour qu’il n’y ait besoin d’ajouter des décors trop illustratifs.
J’imagine plusieurs cubes gigognes qui représentent les différents lieux de rencontres des personnages. Camille les dépose au fur et à mesure qu’elle avance dans l’histoire. Un espace de jeu épuré.

Franck Jublot.

Wim Wenders parle de la photo
comme « pleine de vie ».
Cela rejoint exactement ce
que je pense de l’adolescence.
Seule en scène, la comédienne
doit nous transmettre cette
énergie chargée d’émotions
quel que soit notre âge.